Le tabou de la boulimie non vomitive

J’ai faim. J’ai faim et j’ai tout le temps faim. Je suis fatiguée. Putain je suis tout le temps fatiguée. J’ai faim. Je vais aller au Mcdo après les cours prendre un truc vite fait. Ah je me sens mieux. Putain non je me sens vraiment très mal maintenant. Pourquoi j’ai mangé tout ça. Je me sens tellement mal. J’ai tout l’estomac qui tire et je me sens tellement lourde. De toute façon au point où j’en suis autant finir le paquet de gâteau qui traîne sur ma table de nuit. J’ai passé une journée pourrie je l’ai mérité après tout. Ah c’est l’heure de passer à table. Je me sens tellement mal ballonnée. J’arrive pas à dormir. J’ai faim.

Si vous reproduisez ce scénario constamment, si vous n’avez aucun contrôle sur votre poids, votre corps ou votre alimentation.
Si manger pour vous est une source de réconfort autant qu’elle est source d’angoisse. Si à la moindre contrarié vous vous gavez de choses grasses et sucrées, sans même avaler et en grande quantité. Si vous savez au fond de vous que votre relation avec la nourriture est malsaine. Si votre corps se déforme au fil de vos excès et que vous vous cachez pour manger ou multiplier les repas sans jamais que votre « faim » ne soit satisfaite : vous souffrez peut-être de boulimie non vomitive. (Attention! Je ne suis pas médecin et il est IMPERATIF de vous faire diagnostiquer. Je n’encourage pas l’hypocondrie ou la paranoïa, rien ne remplace un docteur compétent et attentif à vos symptômes.)

En général voilà comment ça se passe et comment on nous explique les choses. Si vous ne mangez pas et que vous vous faites vomir vous êtes anorexique, si vous mangez trop et que vous vous faites vomir : vous êtes boulimique.

La boulimie concerne en France à peu près 2% de la population féminine générale, et 4 à 8% des étudiantes, ce qui correspond à environ 220 000 femmes à travers le pays. La boulimie touche en majorité les femmes, qui représentent 83% des boulimiques, et l’on dénombre 17% des hommes qui sont concernés.

Il ne semble pas y avoir d’entre deux entre ces deux extrêmes. Il y a énormément d’informations sur ces maladies et pourtant les personnes souffrant de TCA (Troubles du Comportement Alimentaire) ne rentrent pas forcément dans l’une de ces deux catégories.

Hélas, on parle peu souvent de celles qui mangent en énorme quantité, sur le coup de l’émotion mais sans jamais se faire vomir.

 Alors du coup on se rassure : « Bah non j’ai pas de troubles alimentaires parce que je me fais pas vomir, je suis juste gourmande. J’aime juste manger. »

Sauf qu’on a beau se dire ça, on voit les pantalons dans lesquels on rentre plus, on sent venir la crise en cas de grosse contrariété, on pense honteusement dans son lit le soir à tout ce qu’on a mangé dans la journée alors on re-mange encore et encore jusqu’à ce qu’on décide de tout changer.

Les gens ont tendance à croire que la boulimie non vomitive est moins grave car il n’y a pas l’acte violent de se faire vomir. Sauf que les dégâts psychiques et physiques sont tout aussi présents : pensées suicidaires à la suite de la prise de poids, sentiment de honte, de culpabilité et risque d’obésité, de cholestérol et j’en passe…

Au fil du temps, la nourriture, besoin primaire pour chaque être humain faut le rappeler, devient une obsession, une drogue encouragée par la société de consommation et on s’empêtre dedans malgré les maux de ventre, la douleur psychologique et l’image de soi qui se dégrade tellement rapidement. Et personne ne te vient en aide bien que ça les empêche pas de te regarder d’un air de pitié ou de dégoût selon l’ouverture d’esprit de l’interlocuteur.

Et bien les filles, si vous vous reconnaissez dans cet article, sachez que de 1 vous n’êtes pas toute seule et que de 2 vous pouvez vous en sortir. Si des alcooliques et des toxicomanes arrivent à se soigner, et ben vous le pouvez aussi. Ce que vous vivez est DUR, ce que vous vivez mérite d’être PRIS EN COMPTE.

 C’est un effort de tous les jours, c’est terrible à gérer mais croyez moi que soigner sa boulimie est beaucoup moins douloureux que de la subir. Pendant des années j’ai cru que je n’étais bonne qu’à manger et à grossir, j’ai vu mes copines bien dans leurs corps et manger normalement tandis que moi je prenais 10kg en un an et que je me cachais derrière des fringues amples, noires et que je développais un comportement de plus en plus agressif. J’ai fais énormément de mal à ma famille et mes amis jusqu’à ce que je me rende compte que tous mes problèmes étaient liés ou découlaient de mon rapport à la nourriture qui était complètement déréglé. Le pire c’est surtout ce sentiment de solitude, et ces remarques tellement connes !

« Bah t’as qu’à arrêter de manger. »

« T’es trop gourmande. »

« Tu manges pas assez de légumes et de fruits. »

« T’as tapé trois McDo en même temps cette semaine. »

Bah posez-vous des questions. Pourquoi mange t-on autant ? N’y a t-il un aspect compulsif dans ce comportement ?
Ca se voit quand quelqu’un mange par faim et quand quelqu’un mange par désespoir.

T’avales sans mâcher, tu manges vite et mal.
Tu as à peine fini de manger que tu penses déjà à ton prochain repas.

Tu vis dans la culpabilité et surtout dans le dégoût de toi-même.
Le shopping devient une torture, les filles dans les magasines te font te sentir comme une merde, la vision de ton corps dans le miroir est une souffrance.
Jusqu’à ce que tu te décides de te soigner.

Parce qu’il faut savoir une chose : une fois que t’as conscience du problème : t’as 100% de chance de le régler. Oui. 100. A condition d’être accompagnée.

Parlez-en à votre entourage, à des gens de confiance et bienveillants. Entamez une thérapie s’il le faut et vivez une deuxième naissance. Vous pouvez commencer une vie sans boulimie dès que vous l’aurez décidé.Vous allez parfois craquer, puis vous relever, puis re-craquer jusqu’au jour où vous allez décider de vous battre et là tout va changer. Si vous avez eu la force de subir vos troubles pendant des années, vous aurez la force de les vaincre. Car vous êtes plus fort(e) que ce que vous mangez.

Cet article n’a pas la prétention de vous donner la solution pour vous soigner, chacune à sa propre solution et il est impératif de la trouver. Cet article, c’est juste pour vous dire que vous n’êtes pas obligée de vivre sous le poids des troubles alimentaires toute votre vie et que vous êtes pas toute seules ni moins légitimes.

Si vous avez besoin de conseils, ou juste de vous confier, vous pouvez envoyer un mail à mespetitskilos@gmail.com ; on se fera un plaisir de vous répondre parce qu’on sait…

Plein d’amour. ❤️️

 

 

Témoignage : Le Déclic

Il n’y a pas une seule personne que j’ai interrogé sur sa perte de poids qui ne m’a pas répondu que le déclic était la clef de tout.
Tout le monde utilisait ce mot magique qui signifiait le début d’un long chemin vers une nouvelle vie. Une nouvelle vie plus saine, plus équilibrée et source d’épanouissement. Hélas, le fameux déclic n’arrivait jamais. J’avais beau m’abreuver de citations motivantes, de photos de nanas toutes mieux foutues les unes que les autres : rien ne fonctionnait.

Je me disais “ok c’est bon ce lundi je commence”, après un repas trop gras je me regardais dans la glace dégoûtée de mon corps et je jurais “faut que ça change cette fois-ci je vais faire ce qu’il faut.” J’ai prévenu un million de fois mes amis de se préparer à voir une putain de transformation.
Sans jamais qu’elle arrive.

Les années ont défilées et les quelques petits kilos qui me gênaient en sont devenue une vingtaine. M’handicapant un peu plus jour après jour, me volant ma confiance en moi, les habits que j’adorais mettre et cette assurance totalement disparue.

La nourriture a de ça de vicieux qu’elle vous réconforte dans toutes les situations. Elle apparaît comme une amie bienveillante, confortable et rassurante. Mes mauvaises journées se soldaient parce que j’appelais des “gros craquages” pour me consoler de toutes les émotions négatives que j’avais ressentie. J’étais tellement dans une bulle d’auto-destruction que je n’avais même pas remarqué que mes “gros craquages” comme je les appelais étaient en fait des crises de boulimies en bonne et due forme. Tout était prétexte pour manger et me faire plaisir, j’avais beau voir les vergetures cisailler mes hanches, mes jeans préférés relégués au fond du placard et les avertissements de mes proches me siffler aux oreilles, c’était comme si j’étais devenue totalement aveugle et sourde. Personne ne pouvait me raisonner.

Avec le recul je pense que mon corps a essayé plusieurs fois de m’avertir des dégâts que j’étais en train de causer. Les insomnies, les nausées, les coups de blues étaient de plus en plus récurent mais j’attribuais ça au stress provoqué par mes relations amoureuses, le travail ou encore les tensions familiales.

Sans m’en rendre compte je rendais tout et n’importe quoi responsable de ma souffrance sans comprendre que le problème venait de moi. Je n’avais pas réalisé que je me récompensais en mangeant comme un chien à qui on donne une friandise pour s’être bien comporté. Je n’avais pas réalisé qu’il n’était pas normal de torpiller les rayons d’un hypermarché en sortant du travail juste parce que le boss m’avait fait vivre une journée d’enfer. Ou que le garçon que j’aimais bien avait décidé de m’ignorer. Peu à peu, la nourriture est devenue cette amie réconfortante à court-terme, toxique à long-terme. Tapie dans les limbes de ma conscience et de mes pensées obscures, elle se glissait dans toutes mes pensées. Manger. Manger. Manger.

Puis les réflexions de mon entourage ont commencé à sérieusement se multiplier, les regards appuyés, les sous-entendus, les blagues aussi. Mon auto-dérision est à toute épreuve et c’est sans doute ce qui a limité la casse mais il arrive un moment où lorsque chaque épreuve simple du quotidien devient compliquée à cause de l’image que l’on renvoie c’est là qu’il faut changer. Quand regarder une jolie fille dans la rue vous transperce le coeur c’est là qu’il faut changer. Quand profiter d’une journée à la plage ou d’une soirée en boite avec vos amis devient difficilement envisageable c’est là qu’il faut changer. Ne laissez pas vos complexes et vos kilos en trop vous définir.

Vous avez le pouvoir de changer.

Ce qui sert de déclic en fait, c’est tout simplement nous.


Vous pouvez envoyer tous vos témoignages à mespetitskilos@gmail.com
Chaque expérience est unique, mais ce n’est pas pour autant que vous êtes seule


Crédit Photo : PEXEL